LES MILLE VIES D'ANNE MARIE, le film, est intégralement disponible ci-dessous...
LES MILLE VIES D'ANNE MARIE c'est le témoignage délicat, fort et généreux d'Anne Marie Engler, atteinte d'une hépatite C depuis plus de 30 ans. 
Anne Marie a déjà eu mille vies dans sa vie et enchainé déceptions sur traumatismes, cela dès sa naissance. Elle a beaucoup souffert mais n'est jamais tombée dans la dépression. Elle n'acceptera jamais de se laisser sombrer. Malgré les difficultés et les désillusions, elle n’a pas fermé son cœur. Sa persévérance lui a permis d’acquérir une faculté extraordinaire à donner et sentir l’amour.
Il s'agit d'un film qui parle de l'espoir, du désespoir qui va avec, du don de soi à travers l'adversité. De la mort dans la vie. Un film sur l'amour comme force motrice. Sur l'énergie singulière et lumineuse d'une femme en lutte, guidée par l'espoir.
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note: L’interféron a sauvé des vies des vies pendant des années, il en sauve et en sauvera encore. Anne-Marie ayant l'hépatite depuis plus de 30 ans, elle est devenue (due aux symptômes) suicidaire : ce traitement n'était donc malheureusement pas adapté à son état.

NOTE D'INTENTION AUTEURE REALISATRICE

Anne Marie m'a contacté il y a trois mois, afin que je réalise un film sur son histoire et sur sa maladie. Les intentions et les motivations de départ d’Anne étaient plurielles, mélangées, jetées. Chaque jour que nous échangions au sujet du film, ses envies et ses besoins étaient différents. Ce qui la poussait à agir, les orientations qu’elles me donnaient s’accumulaient. Il s’agissait d’un véritable emballement ! Anne est venue me chercher par intuition. Alors je l’ai écouté.
Au fil des conversations et des échanges, plusieurs directions sont resurgies fortement : des fils conducteurs forts, tissés et liés intrinsèquement les uns avec les autres.
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L'AMOUR. Le premier fil conducteur du film, celui que j’ai attrapé en premier : c’est celui de l’amour. Il y a tout d’abord l’amour qu’Anne porte à ses animaux qu’elle a sauvé et qu’ils l’ont sauvé. C’est le point de départ, l’émotion première. C’est ce qui a d’ailleurs motivé Anne dans un premier temps à me contacter. Elle avait peur de ne pas survivre à ses sept petits chiens.
Et puis derrière cela, il y a aussi l’amour qu’Anne porte au gens, au monde, à la vie. Et de la difficulté d’aimer. Anne Marie a déjà eu mille vies dans sa vie et enchainé déceptions sur traumatismes, cela dès sa naissance. Elle a beaucoup souffert mais n'est jamais tombée dans la dépression. Elle n'acceptera jamais de se laisser sombrer. Malgré les difficultés et les désillusions, elle n’a pas fermé son cœur. Sa persévérance lui a permis d’acquérir une faculté extraordinaire à donner et sentir l’amour. Avec les animaux, c’est l’amour inconditionnel qu’elle a trouvé. Elle peut donner sans avoir peur, et elle reçoit beaucoup. Avec les êtres humains, c’est plus complexe : il y a toujours une grosse prise de risque quand on se donne, car on se rend vulnérable à l’autre. Et, ça peut être beau, si beau, comme ça peut faire très mal.
Née en Allemagne, deux jours avant la libération de la France, la liberté, telle une destinée, est une énergie fortement encrée en elle.

LA MALADIE. Le deuxième fil conducteur de ce film, c’est la maladie, l’hépatite C dont elle est atteinte depuis plus de 30 ans. Car “être malade”, qui-plus-est “être au monde” en portant une maladie dit “silencieuse”, “invisible”, et puis arriver à un point de la maladie où la mort fait partie du quotidien : c’est un sujet en soi.
Les conditions dans lesquelles Anne a développé l’hépatite C, les raisons pour lesquelles elle a décidé de ne se faire soigner que au bout de 30 ans, les réactions de son entourage : tout cela est lié fondamentalement avec les histoires de sa vie. La maladie est donc un des sujets du film, elle fait partie d’Anne. Mais la maladie est également prétexte pour parler d’autres choses.

LES HISTOIRES. Alors il y a aussi tout cela, l’amour, la maladie certes, et puis la vie d’Anne : c’est le troisième film conducteur pour ce film.
Dans ce film, vous entendrez quelques unes de ses histoires. Elles sont importantes car elles sont des clés pour comprendre. Anne parle peu de sa vie. Elle a toujours mis un point d’honneur à se tourner vers les autres, dans les cafés débat qu’elle organise depuis plus de sept ans, dans son travail, à travers le bénévolat, etc… Et quand on apprend par où elle en est passée, on comprend qu’elle ait du mal à en parler et qu’elle veuille se protéger. Ce qu’elle livre dans ce film, est donc très précieux, exceptionnel. Peu de personnes sont finalement capable de raconter leurs histoires à la fois sans filtre et mais aussi avec humilité. Je crois que cela devenait nécessaire pour Anne, elle ne pouvait plus se contenir. Il fallait parler de tout cela afin de pouvoir se projeter dans le futur.
LA MORT. L’amour, la maladie, les histoires. Et puis un quatrième personnage pour ce film : la mort, la relation à la mort dans la vie.
J’ai maintenant envie de citer François Mitterrand qui a écrit dans la préface du livre “La Mort intime” de Marie de Hennezel : “Comment mourir ? Nous vivons dans un monde que la question effraie et qui s’en détourne. Des civilisations avant nous, regardaient la mort en face. Elles dessinaient pour la communauté et pour chacun le chemin du passage. Elles donnaient à l’achèvement de la destinée sa richesse et son sens. Jamais peut être le rapport à la mort n’a été si pauvre qu’en ces temps de sécheresse spirituelle où les hommes, pressés d’exister, paraissent éluder le mystère.”
Car voir la mort, parler de la mort, des fragilités qui constituent nos êtres et nos parcours : c’est avant tout parler de la vie ! C’est se mettre en lien avec ce qui nous fait exister et ce qui nous rend heureux. C’est ce qui fait qu’on se sent vivant.
La mort fait intrinsèquement partie de nos vies. Nul être ne peut y échapper. Nos vies sont constituées de différentes expériences, échecs, joies, bonheurs extrêmes, ultimes ! Déceptions, abandons aussi... Nous vivons plusieurs vies dans nos vies et parfois des pertes, des périodes de deuil : perte d’un proche, d’un amour, d’un ami, perte d’un enfant. Nous vivons une successions de changements importants : changement de vie, de pays, changement de travail, d’entourage.
Nous sommes donc tous amenés à nous reconstruire régulièrement. C’est ce mouvement perpétuel constitué à la fois de pertes et d’apports qui nous permet de grandir. C’est notre rapport à la mort et ce qu’on en fait qui permet le mouvement de la vie. Et c’est ce qui révèle, finalement, toute la beauté et la préciosité des existences. Anne, en vivant avec la maladie et dans le dépassement ressent tout cela de façon décuplée. C’est ce qui fait toute la richesse et l’intérêt de son témoignage.
DERRIÈRE LE FILM. Il me semble maintenant important de souligner le fait qu’il se passe aussi beaucoup de choses derrière un film, des choses qu’on ne verra pas dans le film. Il y a toutes les histoires qu’on ne peut raconter par respect, pour protéger.
Au fil de la réalisation, de nos échanges, nous nous sommes toutes les deux beaucoup aimées. Ce film est aussi un témoignage de cela. Anne s’est imposée à moi à une période de ma vie où j’entrais dans une nouvelle ère : je me devais d’avorter beaucoup de choses, de faire violement plein d’adieux d’un coup et d’essayer de reconstruire sur tout cela. J’étais perdue, je m’étais noyée. La générosité avec laquelle Anne m’a confié son histoire, la confiance qu’elle m’a octroyée m’ont non seulement émue, mais également portée. Avec Anne nous parlons beaucoup de la mort, et aussi beaucoup de la vie. A travers sa sagesse, son histoire, je me suis sentie grandir. Et Anne a encore tant à donner. J'espère de tout cœur qu'elle pourra bénéficier de ce nouveau traitement arrivant des États Unis. 
L'ESPOIR. Alors l’amour, la maladie, les histoires, la mort, et derrière le film. Celui qui relie finalement tous ces fils, c’est le personnage le plus important, celui qui domine : c’est l’espoir.
Évanescent, dans le vent, dans le soleil timide, voir une fleur, se rendre compte de sa couleur, croiser un sourire. L’espoir se fait parfois discret, petite flamme. Nous le respectons, nous le chérissons, nous voulons le faire grandir car son énergie est bienveillante et enveloppante, elle nous guide.
L’espoir, c’est celui même qui a permis la réalisation de ce film.

Estelle Beauvais